Catégories
SCULPTURE

Servetta muta

C’est en découvrant ce tableau si particulier de Pietro Longhi  de 1751, que j’ai découvert l’existence de ce masque vénitien que l’on nomme la « servante muette », connu aussi sous les noms de moretta, servatta muta, criada muta.

Exhibition of a Rhinoceros, by Pietro Longhi.jpg

La particularité de ce masque  exclusivement féminin, c’est qu’il imposait à celle qui le portait d’être dans un silence absolu si elle voulait conserver son anonymat. Un bouton est cousu au niveau de la bouche à l’intérieur du masque pour le tenir il faut donc serrer ce bouton entre les dents.

On dit aussi que ce masque était porté lors de visite à des nonnes. On dit aussi qu’il avait été inventé pour les domestiques afin de les empêcher de bavarder pendant leur travail. Mais en réalité c’était la maîtresse de maison qui s’en servait lorsque, déguisée en domestique, elle se rendait à des rendez-vous galants. La moretta l’obligeait à ne pas parler du fait de la nécessité de la retenir avec les dents, par conséquent elle ne risquait pas de se faire reconnaître par la voix.

Sur le site Olia i Klod on trouve cette explication : L’ovale de velours noir appelé moretta était exclusivement féminin. Ce masque était apprécié autant par les femmes de naissances aristocratiques que par celles de conditions modestes. Sa couleur noire exaltait le blond vénitien de leur chevelure. Il était particulièrement apprécié des hommes, et c’est dans un écrit de Giuseppe Boerio (Lendinara, 1754 – Venezia, 25 fevrier 1832) que nous en trouvons la raison : « La moretta est attachée à la figure en tenant en bouche un petit bouton qui se trouve à l’endroit où devrait être la bouche ».

_moretta

J’ai été très impressionnée par le coté d’effacement de la personnalité que confère ce masque. On y voit un grand trou noir au milieu du visage doublé de l’impossibilité de parler, il y a une violence certaine dans cette image.

La seule possibilité de communication reste celle de la gestuelle – ce qui est propre à tous les masque, mais elle est aussi dans les yeux qui restent le seul élément de « discours » avec l’autre. Grace à ses oreilles le porteur de masque est en état réceptif plus qu’actif.

Ma servante n’a que ses yeux et ses oreilles. Si je l’avais faite en pied je pense que je l’aurais faite nue, ou plutôt dénudée. Elle n’a pas d’élément distinctif pour que l’on puisse l’identifier. Cet autoportrait est plus un pied de nez (!) puisqu’il ne donne rien que l’envie de se dissimuler, ce qui est un peu le propos inverse d’un autoportrait…